Peintures de construction

Les cow-boys du bâtiment

Peindre une maison, ce n’est pas comme se teindre les cheveux

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Les artisans se sentent lésés car, à l'époque, ils devaient prouver qu'ils disposaient de connaissances professionnelles suffisantes

Le 1er janvier 2019, la loi sur l’établissement en Flandre a été abrogée. Cette décision a été prise afin de laisser le marché libre jouer pleinement son rôle. Aujourd’hui, toute personne qui le souhaite en Flandre peut créer une entreprise (de construction). Si le nombre de créateurs d’entreprise a augmenté, celui des faillites a suivi la même tendance. L’appel en faveur d’un cadre réglementaire clair en Flandre ne cesse donc de s’amplifier. Nous nous sommes entretenus avec Gert Huybrechts, conseiller économique chez Embuild, et Twain De Hondt, directeur du service d’études chez Bouwunie.

Amber Claes - 13 août 2026

Revenons un instant à 2019…

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Twain De Hondt, directeur du service d’études chez Bouwunie

Lorsque la législation sur l’établissement a été abrogée en 2019, plusieurs organisations sectorielles ont réagi de manière particulièrement critique. On craignait que cette mesure n’ouvre la porte à des entrepreneurs insuffisamment préparés à diriger une entreprise de construction. De nombreux entrepreneurs et artisans se sont également sentis lésés. À l’époque, ils devaient en effet prouver qu’ils disposaient de connaissances professionnelles ou d’une expérience suffisantes, alors qu’aujourd’hui, cette obligation a complètement disparu en Flandre.

Selon Bouwunie, l’abaissement du seuil d’accès a conduit davantage de personnes sans expérience ni formation pertinentes à se lancer en tant qu’indépendants. Les indépendants étrangers peuvent également s’implanter plus facilement sur le marché flamand, ce qui, selon l’organisation, a encore intensifié la concurrence.

Les créateurs d’entreprise qui s’installent juste de l’autre côté de la frontière linguistique, en Flandre, échappent à l’obligation de justifier de leurs compétences professionnelles

Flandre vs Wallonie vs Bruxelles

Cette suppression marque une fracture importante depuis 2019. En effet, la législation sur l’établissement n’avait alors été abolie qu’en Flandre. Depuis le 15 janvier 2024 et le 1er octobre 2025, respectivement à Bruxelles et en Wallonie, aucune preuve de gestion d’entreprise n’est plus requise, mais la compétence professionnelle doit être démontrée. Cela se traduit donc aujourd’hui par des taux de survie plus élevés pour les créateurs d’entreprises du bâtiment qu’en Flandre. Cela prouve que les compétences professionnelles comptent, surtout dans un secteur où la qualité technique et la gestion professionnelle sont cruciales.

"Il est frappant de constater que les créateurs d’entreprise résidant à proximité de la frontière linguistique implantent leur entreprise juste de l’autre côté de cette frontière. Ils échappent ainsi à l’obligation de justifier de leurs compétences professionnelles", explique Twain De Hondt.

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Comme les créateurs d’entreprise peuvent se lancer sans disposer de connaissances suffisantes en matière de gestion d’entreprise, ils sont plus exposés aux erreurs administratives

Un bilan mitigé

La suppression de cette obligation présente bien sûr certains avantages. L’accès au secteur s’en trouve ainsi facilité. Les conditions d’accès moins formelles abaissent le seuil de l’entrepreneuriat, ce qui peut entraîner à court terme une augmentation du nombre de nouvelles entreprises et de l’offre. "Le raisonnement sous-jacent à cette suppression était clair : laisser jouer le libre marché et éviter que les conditions d’implantation ne constituent un obstacle. Il convient toutefois de noter qu’une certaine forme de contrôle ne réduit pas pour autant l’offre. C’est ce que montre le nombre de nouvelles entreprises créées en Wallonie et à Bruxelles, où une forme de législation en matière d’implantation est toujours en vigueur", explique Gert Huybrechts.

Mais aujourd’hui, les inconvénients l’emportent sur les avantages. Comme les créateurs d’entreprise peuvent se lancer dans des activités de construction sans disposer des compétences professionnelles, de l’expérience ou des connaissances entrepreneuriales suffisantes, ils sont plus exposés aux erreurs en matière de calcul des coûts, de trésorerie et d’administration. Cela augmente le risque d’échec, surtout dans un secteur caractérisé par de faibles marges et des risques financiers importants. 

Les connaissances restent indispensables

La disparition des exigences en matière de compétences professionnelles a bel et bien des conséquences sur la qualité des nouveaux entrepreneurs. "Dans le bâtiment, le savoir-faire n’est pas et ne sera jamais une simple formalité. Un peintre doit être capable d’exécuter son travail de manière techniquement correcte, mais aussi de calculer correctement ses devis, de planifier les travaux, de respecter les normes de sécurité et de qualité, de diriger d’éventuels sous-traitants et de remplir ses obligations envers les clients et les fournisseurs", poursuit De Hondt.

L’évolution technique du secteur revêt ici une importance encore plus grande: les exigences énergétiques, les obligations de rénovation, les nouvelles méthodes de construction, la numérisation et les normes plus strictes exigent une formation continue. 

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Face à la hausse du nombre de faillites, il faut également tenir compte des crises récentes

"Faire peindre une maison, ce n’est pas comme se faire teindre les cheveux. Lorsqu’un client n’est pas satisfait de sa coupe chez le coiffeur, il ira chez un autre la prochaine fois. Ce n’est pas aussi évident pour des travaux de peinture ou de plâtrage déjà réalisés. Si un projet de construction ne se déroule pas comme prévu, le client risque de perdre beaucoup d’argent et de temps. Il doit pouvoir compter sur la compétence de l’artisan", explique Embuild.

Chaque crise est de trop

Les entreprises (en démarrage) ont du mal à rester à flot lors de chaque crise. Le nombre de faillites n’a cessé d’augmenter ces dernières années, et l’ouverture totale de l’accès au secteur y est en partie pour quelque chose. Il faut toutefois également tenir compte de certaines crises qui se sont produites ces dernières années. "En 2020, il y a eu la pandémie de coronavirus, puis le début de la guerre en Ukraine et, actuellement, la crise au Moyen-Orient. Cela fait trois crises en peu de temps. Les entreprises qui sont moins bien préparées à se développer en tant qu’entrepreneurs ou sociétés seront également les premières à faire faillite lors de telles crises, car leurs fondements (ainsi que leurs connaissances en matière de gestion et d’administration d’entreprise) ne sont pas suffisamment solides", remarque M. De Hondt.

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Dans le secteur du bâtiment, le savoir-faire n’est pas et ne sera jamais une simple formalité. Un peintre doit être capable d’effectuer son travail de manière techniquement correcte

UN DIPLÔME, GARANTIE DE QUALITÉ?
Il convient toutefois de nuancer en précisant qu’un diplôme ou un label de qualité ne garantit pas automatiquement la qualité. En effet, il existe aussi de mauvais professionnels titulaires d’un diplôme ou d’un label, et d’excellents professionnels sans formation formelle. L’expérience acquise sur le terrain est donc souvent plus importante que la théorie. Cela ne vaut toutefois généralement que pour la partie pratique du métier. Par ailleurs, les partisans de la suppression soulignent qu’un système trop strict décourage les personnes de se lancer dans une activité indépendante.

Protection des consommateurs

On se demande souvent dans quelle mesure les consommateurs sont (bien) protégés contre les charlatans et les « cow-boys ». Il existe aujourd’hui différents outils auxquels les consommateurs peuvent recourir, même si on attend d’eux qu’ils adoptent une attitude proactive. Il existe par exemple le site web checkjeaannemer.be. À l'aide du numéro de TVA, les consommateurs peuvent, par exemple, vérifier les comptes annuels ou voir si l'entreprise a des dettes sociales ou fiscales. 

Si les choses tournent mal, l'affaire doit ensuite être réglée de manière appropriée. La Commission de conciliation du secteur de la construction constitue alors une bonne option. Cette commission est composée à la fois d’experts du secteur de la construction et de représentants de Testaankoop. Ils détermineront comment le litige doit être traité et s’il y a eu ou non des erreurs. De cette manière, un litige peut être soumis à une procédure extrajudiciaire. 

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Le Service de médiation des consommateurs dans le secteur de la construction fera bientôt son apparition en tant que service d’aide central supplémentaire 

Le Service de médiation des consommateurs dans le secteur de la constructionviendra bientôt s’ajouterà ces structures. Pour les litiges techniques, vos clients devaient s’adresser à la Commission de conciliation du secteur de la construction. Pour les autres litiges non techniques, tels que les factures, la coopération ou les retards, le client devait s’adresser au Service général de médiation ou engager directement une procédure judiciaire. Le ministre de la Protection des consommateurs, Rob Beenders (Vooruit), souhaite mettre fin à cette situation et veiller à ce que les consommateurs puissent désormais s’adresser à une seule entité centrale couvrant l’ensemble du secteur.

Enfin, il y a la loi Breyne (9 juillet 1971). Cette loi protège les particuliers qui font construire un logement ou achètent un logement qui doit encore être construit, par exemple une maison' clé en main' ou une vente sur plan. La loi prévoit certaines garanties pour les consommateurs:

  1. Un acompte maximal de 5 % à la signature du contrat
  2. Paiements échelonnés: vous ne payez qu’au fur et à mesure que les travaux sont effectivement réalisés
  3. Un prix total fixé à l’avance, qui ne peut être modifié que dans des conditions strictes
  4. Une garantie financière obligatoire de la part de l’entrepreneur ou du promoteur immobilier, afin que vous soyez protégé en cas de faillite de celui-ci ou de non-respect de ses obligations
  5. Double réception: une réception provisoire, lors de laquelle vous pouvez constater les défauts; une réception définitive, au moins un an plus tard
  6. Une responsabilité de dix ans pour les vices graves qui compromettent la stabilité ou la solidité du logement
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Selon plusieurs professionnels, la concurrence déloyale entraîne une course vers le bas

Que dit le professionnel lui-même?

Les professionnels expérimentés ressentent eux aussi les conséquences. Ils ont souvent investi des années dans des formations, des stages et l’acquisition d’expérience, mais doivent rivaliser avec des personnes qui, sans le même parcours, travaillent à des prix inférieurs. Cela suscite de la frustration dans divers secteurs. "Ceux qui travaillent dans les règles de l’art, paient leurs assurances et utilisent des matériaux de qualité ne peuvent absolument pas rivaliser avec des cow-boys qui se lancent à la va-vite sans aucune compétence", déplorent certains indépendants.

Selon eux, cela entraîne une course vers le bas où le prix prime sur la qualité. De plus, certaines organisations professionnelles craignent que l’image des métiers techniques ne soit ternie lorsque les consommateurs ont des expériences négatives avec des prestataires inexpérimentés. 

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Les fédérations du bâtiment considèrent que l’enseignement technique et professionnel a un rôle important à jouer 

Plaidoyer pour un nouvel équilibre

Tant Bouwunie qu’Embuild jugent peu réaliste une réintroduction complète de l’ancienne législation sur l’établissement, notamment en raison de la réglementation européenne relative à la libre circulation des services. Les organisations plaident toutefois en faveur d’une alternative dans laquelle tout entrepreneur en bâtiment débutant disposerait au moins de connaissances de base en gestion d’entreprise, complétées par des compétences techniques suffisantes.

"Par ailleurs, nous estimons que l’enseignement technique et professionnel a un rôle important à jouer. Inciter davantage de jeunes à suivre une formation dans le secteur du bâtiment et leur transmettre non seulement des compétences techniques, mais aussi des connaissances en matière d’entrepreneuriat, doit, selon nous, contribuer à un secteur du bâtiment plus solide et plus durable", conclut M. De Hondt.

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